Après notre titre de Champion de France 1985 acquit à la surprise générale, le sort nous attribua les champions d’Europe en titre pour nos grands débuts européens (aujourd’hui le club totalise 25 matchs pour 8 participations : le record français). Le match fut relaté très fidèlement dans la revue Europe Echecs de février 1986 (n° 326) sous la plume de Pierre Nolot ... qui ne se doutait pas encore qu’il serait quelques années plus tard le Président du Club d’Echecs de Clichy ! C’est ce reportage que nous vous proposons en guise de rétrospective.
 
 
 
TRUD MOSCOU bat CLICHY, mais RENET domine deux fois TAL ! !
 
Les parties TAL - RENET commentées par Olivier Renet, GMI

Lorsque joueurs et dirigeants du club de Clichy apprirent que le sort leur attribuait le plus fort club d’Europe (donc du monde) comme adversaire pour leur baptême du feu dans la Coupe d’Europe, loin d’en être affectés, ils s’en réjouirent. L’idée d’affronter six GMI de premier plan : Beliavsky, Tal, Romanichine , Mikhaltchichine, Dorfman et Kouzmine leur paraissait la plus belle des récompenses pour leur magnifique titre de Champion de France 1984-85, même si cela ne leur laissait bien sûr aucune chance de qualification. Mais en voyant descendre de l’avion, non l’équipe citée plus haut mais Tal, Kouzmine, Baguirov, Rozentalis, Petrouchine et Deev, l’état d’esprit changea chez les clichois. Certes les trois premiers nommés étaient des GMI, mais on pouvait tout de même rêver désormais.

Et il faut dire que le samedi 5 janvier à 20 heures lorsque l’arbitre – Sacha Ladisic impérial – arrêta les parties, tout était encore possible pour Clichy. Certes le " tableau d’affichage " marquait Troud 3 – Clichy 0. Lohéac, le joueur miracle de Clichy, n’avait cette fois rien pu faire contre Baguirov auquel il rendait 255 pts Elo, 30 cm en taille et 50 kilos en poids ! Dans une défense Vieille Indienne qu’il affectionne pourtant beaucoup, Frank abandonna la mort dans l’âme au 19e coup contre l’entraîneur de Tal.

L’autre joueur mascotte de l’équipe, Sébastien Luce tint plus longtemps contre l’entraîneur de Maïa Tchibourdanidzé, mais s’inclina lui aussi. Enfin Eric Birmingham avait été " bien " contre Petrouchine, mais avait tout de même fini par perdre en 40 coups.

Les trois parties ajournées s’annonçaient beaucoup mieux pour les Français. Jugez plutôt :

1er échiquier Tal – Renet (position après 43.Rg3)

 

Il n’est pas nécessaire d’être GMI, ni même MI pour se rendre compte que Tal était complètement perdu contre Renet (qui vous analyse sa partie ci-après). De son côté Villeneuve se disait certain de gagner sa partie.

4ème échiquier Villeneuve – Rozentalis (position après 40…Cb4)

 

Et enfin, miraculeusement malgré le pion de moins, Verat devait annuler sa finale de dame contre l’entraîneur Deev.

6ème échiquier Verat – Deev (position après 40…h4)

 

Le score était donc potentiellement de 3,5 à 2,5, les ajournées ne devant être jouées que le lundi matin.

Fabuleux Renet

La journée de dimanche devait malheureusement être moins favorable aux Clichois. Malgré le public venu nombreux au theâtre Rutebeuf – 200 à 300 spectateurs – la télévision (FR3 qui fit un bon reportage pour la chaine nationale et le journal de 22h), et un moral à tout épreuve, l’expérience soviétique prévalut.

Baguirov ne fit aucune difficulté pour accepter une nulle rapide contre Villeneuve. Malgré ses 260 pts Elo de plus, l’expérimenté GMI soviétique avait visiblement du respect pour la façon dont l’ancien champion de Paris avait dominé Rozentalis la veille. Ce dernier se vengea sur Birmingham qui n’eut jamais sa chance dans une partie perdue dés l’ouverture.

 

Gilbert Grimberg trouva un sacrifice de qualité qui lui donnait la nulle contre Kouzmine... mais seulement à l’analyse. Le " capitaine courageux " Jean-Claude Moingt perdit contre Deev, et Laurent Verat confirma toute sa classe en marquant un deuxième demi-point contre Petrouchine cette fois.

Mais toutes ces parties, pour aussi intéressantes qu’elles fussent, retenaient pourtant à elles-cinq moins l’attention que celle qui se déroulait au premier échiquier. Malmené la veille par Renet, Tal pouvait à la rigueur plaider la surprise, mais dimanche il savait à quoi s’en tenir sur la valeur de son adversaire. Si le proverbe " un homme averti en vaut deux " est correct, alors il faut bien admettre qu’un Renet vaut plus que deux Tal ! Car la deuxième divine surprise fut à deux doigts de se produire : Olivier domina à nouveau l’ancien champion du monde, mais n’eut pas le temps d’effectuer la mise à mort. Nulle " seulement ".

Des Soviétiques sans complexes

Le match aurait pu s’arrêter la, mais il devait connaître une interminable prolongation qui mérite d’être racontée. Les six parties du dimanche s’étant terminées sans ajournement, le chef de la délégation soviétique, Molchanov vint proposer de ne pas jouer les trois parties ajournées de la veille " afin de pouvoir visiter Paris lundi ".

Soit répondit Jean-Claude Moingt, mais que proposez-vous comme résultat pour ces parties ? Nulle sur les trois échiquiers annonça Molchanov sans rire (d’ailleurs il ne rit jamais !). Eclat de rire clichois.

Molchanov va consulter ses compatriotes et revient avec une nouvelle proposition : Tal abandonne, mais nulle sur sur les échiquiers 4 et 6. Nouveau refus clichois.

Molchanov qui non seulement ne rit pas, mais commence à faire la grimace, retourne consulter son équipe. Palabres. Nouvelles proposition : Tal et Rozentalis abandonnent, mais en échange Verat doit abandonner devant Deev. Troisième refus clichois.

Cette fois Molchanov devient tout rouge, ce qu’il a d’ailleurs toujours été, sinon il ne serait pas là. " Mais enfin que voulez-vous donc ? "

Moingt : "  Le gain sur les 1er et 4ème échiquier, le partage du point sur le 6ème. "

Molchanov : "  Nos analyses prouvent que Deev gagne. "

Moingt : "  Les nôtres prouvent que la partie est nulle. "

Molchanov : " Dans ce cas les trois parties seront reprises demain matin, et nous verrons bien qui a raison ! "

Résultat des courses :

- Tal abandonne trois coups après la reprise de la partie.

- Rozentalis tient plus longtemps mais admet sa défaite.

- Deev et Verat jouent 2 heures lundi matin, et le Soviétique s’obstine. Nouvel ajournement le lundi soir. Enfin après plus de 8 heures de jeu et 90 coups la raison l’emporte : partie nulle.

Clichy est éliminé 4-8, mais l’honneur est plus que sauf.

Samedi 4 janvier 1986

1. GMI Tal (2600) - MI Renet (2395) 0-1

2. MF Luce (2280) - GMI Kouzmine (2495) 0-1

3. GMI Baguirov (2485) - Loheac (2230) 1-0

4. Villeneuve (2225) - Rozentalis (2465) 1-0

5. Petrouchine (2395) - Birmingham (2285) 1-0

6. Verat (2240) - Deev (2325) 0,5-0,5

Dimanche 5 janvier 1986

1. MI Renet (2395) - GMI Tal (2600) 0,5-0,5

2. GMI Kouzmine (2495) - Grimberg (2275) 1-0

3. Villeneuve (2225) - GMI Baguirov (2485) 0,5-0,5

4. Rozentalis (2465) - Birmingham (2285) 1-0

5. Verat (2240) - Petrouchine (2395) 0,5-0,5

6. Deev (2325) - Moingt (2215) 1-0
 

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